Obama et la Russie ou toute l’ambiguïté d’un discours libéral

Après une campagne éreintante et son écrasante victoire aux élections de Novembre dernier, le charismatique Barack Obama prend aujourd’hui ses fonctions de 44ème président des États Unis marquant ainsi ce qui semble être un tournant dans l’histoire de ce pays qui traverse aujourd’hui sa pire crise économique depuis 1929.

Au-delà de la porté hautement symbolique de son élection et l’espoir qu’elle représente pour des millions d’américains en proie au à la morosité ambiante, il est néanmoins intéressant de noter qu’en matière d’affaires internationales la prochaine administration n’envisage nullement de grande révolution si ce n’est de faire du ‘changement dans la continuité ‘ l’axe principal d’une diplomatie faussement libérale.Si en effet la politique étrangère du prochain locataire de la Maison-Blanche semble vouloir s’inscrire dans une logique d’ouverture et de compromis (notamment vis-à-vis de l’Union Européenne et de l’Amérique Latine) qui trancherait avec que celle de George W. Bush, il n’en reste pas moins que sa position vis-à-vis de la Russie et la nomination d’Hillary Clinton au poste de Secrétaire d’État ne semblent malheureusement pas présager un meilleur dialogue avec le Kremlin. Les autorités russes, qui n’ont en effet que timidement salué la victoire du candidat démocrate, auront peut-être retenu le discours qu’il prononça en mars 2008 (en marge d’un meeting à Greensburg, Pennsylvanie) dans lequel il indiquait contre toute attente que sa future politique étrangère allait être « un retour à la politique réaliste et bipartisane du père de George Bush, de John Kennedy et, à certains égards, de Ronald Reagan».

Ces propos, surprenants de la part d’un candidat supposément consensuel, illustrent à eux seuls la détermination de Barack Obama à renforcer les liens transatlantiques (redéploiement des forces américaines en Afghanistan avec le concours de l’OTAN, ratification du traité de coopération stratégique avec la Géorgie amorcé par l’administration Bush, poursuite du projet de bouclier anti-missile, coopération énergétique avec les capitales européennes…) et à replacer bien évidemment les Etats-Unis au centre des relations Est-Ouest comme ce fut le cas pendant près de cinquante ans. Ces ambitions, qui s’inscrivent donc dans la continuité et non dans le changement, ne pourront alors qu’attiser la méfiance d’un Kremlin aujourd’hui soucieux de sécuriser sa zone d’influence et creuseront ainsi un peu plus le fossé qui sépare désormais les deux pays.

Si ce n’est ce changement ‘flagrant’ de politique qui promet bien des débats, les anciennes et récentes prises de position d’Hillary Clinton à l’encontre de la Russie sont à leur tour assez révélatrices d’un discours dont le néoconservatisme édulcoré risque fort de caractériser prochainement la ligne diplomatique de la Maison-Blanche. Entendue début janvier par la commission des affaires étrangères du Congrès en vue de sa nomination, la future chef de la diplomatie américaine aura ainsi indiqué que l’un des axes de sa politique sera de faire plier la Russie par tous les moyens, et ce aussi bien par le dialogue que sous la contrainte si Moscou devait continuer d’ignorer les appels de Washington à plus de coopération et d’ouverture démocratique (connu pour sa russophobie exacerbée, le candidat républicain McCain aura d’ailleurs tenu le même discours durant toute sa campagne).

Et pourtant….Les désaccords entre Washington et le Kremlin sont encore très nombreux et ni l’Union Européenne (prise en étau), ni les instances internationales ne pourront arbitrer ce dialogue de sourds tant que les deux pays ne se reconnaissent pas mutuellement le droit de disposer de leur puissance. Le déploiement du bouclier anti-missile en Europe de l’Est, la crise géorgienne et la fragilité des corridors énergétiques du Caucase, le rapprochement stratégique de Moscou avec Pékin (confirmant ainsi la formation progressive d’un bloc eurasiatique), le poids de l’Ukraine dans la balance des influences et finalement la position de Moscou dans le dossier nucléaire iranien sont en effet autant de litiges que les deux capitales devront régler avant la reprise de tout rapprochement durable.

Reste à espérer que la prochaine visite officielle de la Secrétaire d’État (programmée au lendemain de l’investiture du nouveau président) puisse inaugurer une nouvelle ère dans les relations russo-américaines et que cette rencontre soit le prélude d’une nouvelle coopération constructive entre les deux pays (notamment sur le chapitre de la lutte anti-terroriste ou sur celui de la renégociation du traité STAR portant sur la réduction de leurs arsenaux nucléaires).

Outre ce néoconservatisme latant qui ose à peine dire son nom, toute l’ambiguïté des rapports que les États-Unis entretiendront avec la Russie réside finalement dans le message que le nouveau président veut faire passer à ses homologues étrangers. Incantatoire et universel, son discours prônant l’ouverture ne pourra donc que progressivement limiter les revendications du Kremlin face désormais à un interlocuteur devenu ‘abordable’ mais néanmoins calculateur. Est-il en effet raisonnable pour un gouvernement de signifier une fin de non-recevoir à un pays qui souhaite visiblement s’engager sur la voie du dialogue et du compromis ?
On est alors en droit de se demander si l’apparente ouverture politique de Washington n’est finalement pas un leurre dont l’administration américaine se servirait pour imposer ses conditions à une Russie qui serait ainsi prise au dépourvu et alors condamnée à négocier des termes jusqu’à maintenant traditionnellement non négociables. Les relations entre les deux pays étaient évidemment plus tendues avant l’élection de Barack Obama mais les choses n’en étaient alors que plus franches car plus catégoriques et donc peut-être plus consensuelles qu’elles ne le seront. Attendons de voir l’histoire faire son oeuvre…

Geoffroy Saint-Grégoire, ouverture.internationale@gmail.com

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