Russie-Ukraine: La chronique d’un divorce annoncé…

À l’aune des événements d’août dernier qui ont violemment opposé la Russie à la Géorgie, l’Ukraine s’est de nouveaux invitée sur la scène internationale en réunissant autour d’elle et à grand renforts médiatiques la plupart des pays de l’ancien bloc socialiste pour dénoncer aux yeux du monde l’inacceptable « agression » russe.

Dans l’espoir d’afficher ainsi un front uni et d’attirer l’attention d’une Europe atteinte soudainement de cécité partielle, le gouvernement ukrainien s’est alors rappelée au bon souvenir de certains commentateurs qui, prompts à réécrire l’histoire, ont oublié de mettre clairement en perspective les véritables enjeux de ce vaudeville diplomatique qui fera prochainement couler beaucoup d’encre.
La Russie, ayant légitimement retrouvé son rang de grande puissance, a en effet depuis quelques années renforcé ses positions sur l’échiquier mondial et cette politique étrangère désormais plus volontariste lui permet aujourd’hui de garantir son indépendance et surtout de sécuriser sa zone d’influence qu’elle est maintenant prête à défendre. L’Ukraine, qui quant à elle se trouve aux portes de son grand voisin, doit faire face depuis peu aux tergiversations occidentales quant à son adhésion à l’OTAN et s’efforce donc en vain d’exister quitte à faire preuve d’unilatéralisme aux mépris d’une politique de bon voisinage. C’est dans ce contexte politique difficile que l’Ukraine et la Russie doivent courant octobre renégocier les termes de leur Traité d’Amitié et tenter de trouver une issue aux nombreux différends qui les opposent.
Depuis le 31 mai 1997, la Russie et l’Ukraine sont en effet liées par un Traité d’Amitié dont les termes, qui prévoient en outre une coopération énergétique et agricole entre les deux pays, confèrent surtout à la Crimée très majoritairement russophone (et plus spécifiquement à la base navale de Sébastopol) un statut particulier qui s’apparente pour beaucoup à une autonomie de fait. Ainsi en prévisions de la signature de nouveaux accords et sous couvert de sécurité nationale, l’Ukraine semble vouloir maintenant imposer certaines restrictions à Moscou et envisagerait même de ne pas proroger la concession de Sébastopol au-delà de 2017, privant du coup la Russie de son unique grande base navale de la Mer Noire. Cette mer quasi fermée mais néanmoins hautement stratégique constitue en effet pour le Kremlin un accès privilégié à la Méditerranée qui lui permet d’exporter librement sa manne énergétique vers l’Europe de l’ouest sans passer par des oléoducs dont elle n’a pas le contrôle. La Russie, va donc naturellement faire peser dans la balance des négociations tout son poids énergétique dont dépend l’Ukraine afin de rendre la raison à un gouvernement ukrainien aux abois, diplomatiquement isolé et de plus en plus impopulaire.À cela il faudrait rajouter le ressentiment d’une large majorité de la population russophone de Crimée (plus de 60%), qui depuis son rattachement à l‘Ukraine en 1954, n’a jamais pu s’intégrer dans ce pays qui n’était pas le sien. Selon la formule consacrée et si chère aux occidentaux, quoi de plus légitime alors pour un peuple de pouvoir disposer de lui-même et de prendre en main sa propre destinée ? Le statut de cette minorité « ukrainienne » active, qui attend avec impatience une reconnaissance formelle, va donc aussi évidemment peser sur les négociations et risque fort de mettre un terme à l’actuelle coopération entre les deux pays.

Toujours est-il que le noeud du problème reste avant tout l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN et la perspective de voir s’installer aux portes de la Russie des bases militaires américaines qui n’auront pour mission que d’essayer d’intimider le Kremlin. Mais serait ce alors pour ne pas froisser une Russie dont dépend en grande partie l’approvisionnement en énergie de l’Europe que lors de l’assemblée générale de l’organisation en avril dernier, la France et l’Allemagne ont parlé d’une seule et même voix en rejetant sine die l’adhésion de l’Ukraine et de la Géorgie ? Ou est-ce tout simplement que l’Ukraine n’a pas pour vocation de servir de base arrière au Pacte Atlantique qui devrait envisager d’autres alliances plus stratégiques avec des pays plus proches des foyers qui menacent sa sécurité.
Si elle persiste, l’Ukraine n’aura décidément rien à gagner à systématiquement jouer les confrontations avec un pays dont elle dépend encore fortement. Ni l’Europe, ni les Etats-unis ne pourront en effet jamais se substituer aux liens politiques et culturels qui unissent ces deux pays et Kiev, qui cherche légitimement à consolider son pouvoir, devrait alors s’ouvrir à cette Russie visiblement en quête de normalisation.

Geoffroy Saint-Grégoire
ouverture.internationale@gmail.com

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